Kaolin y pelo humano, 2013. |
Existe, entre extranjeros
inmigrantes, una cierta camaradería. Muestra de esa pequeña conspiración, de la
que hacemos parte varios millones de personas en Francia, son los restaurantes
Kebab. La cocina del Medio Oriente es de una suculencia difícil de igualar, esas
personas entendieron algo que nosotros aún no – y yo no sé qué es – que les
permite mezclar ingredientes con una facilidad admirable e inventar recetas
dignas de un conjuro de Medea. Aún recuerdo la primera vez que un buen amigo
curioso me hizo descubrir el chai, un té negro hecho en leche con canela,
jengibre y cardamomo que alegra el alma
y que sabe mejor bajo las cobijas. Pasando por el taboule, los baklavas,
el tzatziki, el kebbé, los falafels y el chutney, encontramos, a modo de comida
rápida, el kebab: un sándwich de pan turco con carne de cordero, tomate,
lechuga y una salsa blanca secreta; todo eso por cinco euros, lo que lo
convierte, evidentemente, en la opción preferida de estudiantes y jóvenes que
empiezan la vida laboral, como yo.
El restaurante Kebab al que
siempre voy está a pocas calles de mi casa, y abre hasta la media noche. Cuando
digo bonjour con mi acento tropical,
el señor, también inmigrante, sonríe y
responde con el suyo. Entonces sentimos en el aire que tenemos varias cosas en
común: que hace tiempo hablamos francés, que han pasado varios meses sin ver a
los nuestros, que no pertenecemos a este lugar, que llevamos puestas ciertas
prendas de vestir que han viajado en la maleta del avión, que escogimos la
misma ciudad para vivir, que hemos adoptado nuevas costumbres, que de vez en
cuando hablamos en nuestra lengua materna, que hemos ido a la prefectura varias
veces a pedir nuestra visa, que estamos del lado de la minoría y que eso nos
sitúa del mismo lado de la balanza. El dueño del kebab trabaja con su esposa,
quien anota los pedidos, recibe el dinero y agrega las verduras a los kebabs,
por su parte, él se ocupa de asar la carne, cortarla en láminas, calentar y
cortar el pan y agregar las salsas. Cuando hago mi pedido, la mujer repite cada
frase para asegurarse de que nuestros acentos no nos jueguen una mala pasada,
luego la dinámica en la cocina se activa. Debo esperar unos quince minutos para
pagar y recibir las dos cajas de icopor amarillo, empacadas en una bolsa
plástica blanca anónima, sin publicidad. Un par de clientes habla la lengua de la mujer
y la llama interrumpiendo su comida, uno
de ellos estira su brazo y entre el dedo índice y el pulgar le muestra un pelo
– del color y largo del suyo- que acaba de encontrar en su kebab. La mujer
apenada, lo toma y lo lleva a su esposo, quien abre un poco los ojos y levanta
la mano derecha excusándose, le propone inmediatamente prepararle otro y el
cliente, despreocupado y seguramente más tolerante que la mitad de los demás,
le responde en esa lengua que yo no conozco pero que alcanzo a descifrar, lo que en español sería “tranquilo hermano,
no pasa nada”, y continúa su manjar.
La mujer regresa sonriente, me
mira como diciéndome “tú tampoco eres de aquí”, le pregunto cuánto le debo y me
dice “diez euros con once”, cifra inhabitual que a demás no corresponde con mis
cálculos, “¿disculpe, cuánto es?”, baja la mirada, sube un poco el tono de su
voz y repite “diez euros con cincuenta”. Y es exactamente ahí, en ese espacio temporal
y fortuito, donde la conspiración se produce y las dos nos reímos de nosotras
mismas, acostumbradas a repetir, a preguntar qué es, cómo se dice, dónde queda,
a equivocarnos, hablar más fuerte, aprender a diario, responder a los clichés,
adaptarnos a los cambios, construirnos y de-construirnos, es en ese instante
fugaz, cada una de un lado de la barra de kebabs, que juntas, creamos un
complot en el que sus raíces y las mías se incorporan para originar los seres
multiculturales, bilingües, divididos, compartidos, inacabados, que intentamos
ser.
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FR.
Étrangère, comme un
cheveu dans un kebab.
Il existe, entre les
immigrants étrangers, une certaine camaraderie. Preuve de cette petite
conspiration, de laquelle nous sommes quelques millions à faire partie en
France, c’est les restaurants Kebab. La cuisine du Moyen-Orient est d'une
succulence difficile d'atteindre, ces personnes ont compris quelque chose que
nous n'avions pas encore compris – et je ne sais pas qu'est-ce que c'est – qui
leur permet de mélanger des ingrédients avec une facilité admirable et
d'inventer des recettes dignes d'une potion magique de Médée. Je me souviens
encore de la première fois qu'un bon ami curieux m'a fait découvrir le chai, un
thé noir fait avec du lait, de la cannelle, du gingembre et de la cardamome,
qui réjouit l'âme et qui est encore meilleur sous une couverture. En passant
par le taboulé, les baklavas, le tzatziki, le kebbé, les falafels et le
chutney, on y trouve, à la manière de fast food, le kebab : un sandwich de pain
turc avec de la viande de veau, des rondelles de tomate, de la salade et une
sauce blanche secrète ; le tout pour cinq euros, ce qui le fait devenir,
évidemment, le choix préféré des étudiants et des jeunes qui commencent leur
vie professionnelle, comme moi.
Le restaurant Kebab où
j'y vais d'habitude est à quelques rues de chez-moi, et il est ouvert
jusqu'à minuit. Quand je dis bonjour avec mon accent tropical, le monsieur,
aussi un immigrant, sourit et répond avec le sien. Alors nous sentions dans
l'air que nous avons quelques choses en commun : que cela fait longtemps que
nous parlions français, que cela fait plusieurs mois que nous n'avions pas vu
nos êtres chers, que nous n'appartenons pas à cet endroit, que nous portons sur
nous certains habits qui ont voyagé dans la valise en soute de l'avion, que
nous avons choisi la même ville pour vivre, que nous avions adoptés des
nouvelles coutumes, que de temps en temps nous parlions notre langue
maternelle, que nous sommes allés plusieurs fois à la préfecture pour demander
notre visa, que nous sommes du côté de la minorité et que cela nous place du même
côté de la balance. Le propriétaire du kebab travaille avec son épouse, qui
prend les commandes, reçoit l'argent et ajoute les légumes dans les kebabs, de
son côté lui, il s'occupe de griller la viande, de la couper en lamelles, de
chauffer le pain et ajouter les sauces. Quand je fais ma commande, la
femme répète chacune de mes phrases pour s'assures que nos accents ne nous
jouent pas des mauvais tours, après cela la dynamique en cuisine s'active. Je
dois attendre environ quinze minutes pour le payer et recevoir les deux boîtes
de polystyrène jaune, emballées dans un sac plastique blanc anonyme, sans
publicité. Deux clients parlent la langue de la femme et l'appellent en
interrompant leurs repas, l'un d'entre eux étire son bras et lui montre, entre
l'index et le pouce, un cheveu – de la longueur et la couleur des siens – qu'il
vient de trouver dans son kebab. La femme gênée, prend le cheveu et l'amène à
son époux, qui ouvre un peu les yeux et lève la main droite pour s'excuser en
lui proposant immédiatement de lui préparer un autre. Le client, calme et
sûrement plus tolérant que la plus part des autres, lui répond dans cette
langue que je ne connais pas, mais que j'arrive à décoder, ce qu'en
français voudra dire « pas de problème mec, tout va bien », et continu son
mets.
La femme retourne
souriante, me regarde comme en me disant « toi non plus, tu n'es pas d'ici ».
Je lui demande combien je lui dois et elle me répond « dix euros et onze
», chiffre inhabituel qui en plus ne correspondait pas avec mes calculs, «
excuse-moi, combien ? » , elle baisse le regard, parle un petit peu plus fort
et répète « dix euros cinquante ». Et c'est exactement là, dans cet espace
temporel et fortuit, où la conspiration se produit et toutes les deux, nous
nous moquons de nous-mêmes, habituées à répéter, à demander qu'est-ce que c'est
? , comment on dit ? , où se trouve ? , à nous tromper, a parler plus fort, à
apprendre au quotidien, répondre aux mauvais clichés, nous adapter aux
changements, nous construire et déconstruire, c'est à cet instant fugace,
chacune d'un côté de la barre du kebab, qu'ensembles, nous créons un complot
dans lequel ses racines et les miennes s'incorporent pour produire les êtres
multiculturels, bilingues, divisés, partagés, inachevés, que nous
essayons d'être
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